[International] PANAMA PAPERS : Révélations explosives sur le système de fraudes fiscales utilisé par la finance mondialisée

[International] PANAMA PAPERS : Révélations explosives sur le système de fraudes fiscales utilisé par la finance mondialisée

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Douze(12) chefs d'Etat ou de gouvernement dont le roi du Maroc ou Jacob Zuma, des stars du football comme Michel Platini ou Lionel Messi et de nombreuses personnalités auraient fraudé le fisc et dissimulé leur fortune selon une vaste enquête mondiale publiée dans la soirée de ce dimanche 03 avril 2016.

L'affaire du "Panama Papers" dévoile comment des chefs d’Etat, des responsables politiques, des militaires, des juges ou membres de fédérations sportives, et autres, ont utilisé ces systèmes financiers offshore pour mettre leurs fortunes(souvent mal acquises) à l'abris des regards, échappant ainsi aux services fiscaux de leurs pays respectifs.

"Panama papers" : la plus grosse fuite de données mondiales dans l’histoire de la presse

Ce sont au total plus de 2,6 Tera octets de données secrètes, 11 millions et demi d'e-mails, de courriers, de contrats et d’extraits de comptes bancaires, couvrant une période d’activités de 1977 à décembre 2015, qui ont été découvertes, étudiées et analysées par 370 journalistes dans le monde entier : en France, en Inde, en Allemagne, en Suisse, en Russie, aux Etats-Unis, au Brésil, au Japon…

En clair, c'est la plus grosse fuite de tous les temps.1500 fois plus grande que les données révélées par wikileaks : elles révèlent d’obscures manœuvres à l’échelle mondiale, des transferts de fortunes plus que suspects et des montages financiers de personnes condamnées ou poursuivies par la justice. Parfois pour des crimes très graves: trafic de drogue, crimes de guerre ou prostitution de mineurs...

Les données de cette enquête baptisée «Panama Papers» ont été obtenues par le journal allemand Süddeutsche Zeitung grâce à une source anonyme et traités par le Consortium international de journalisme d’investigation (ICIJ) et ses partenaires des média.

Tous ces documents secrets proviennent de la société Mossack Fonseca, une société de domiciliation offshore basée à Panama. Ce cabinet aurait créé plus de 214 000 entités offshores, des sociétés permettant de masquer l’identité de leurs propriétaires, dans 21 paradis fiscaux différents entre 1977 et 2015 et pour des clients issus de plus de 200 pays et territoires.

Après plusieurs mois d'analyses, de recoupements et synthèses, l'affaire du "Panama papers" commencent à livrer ses premiers secrets.

Résultat : 140 responsables politiques, dont douze anciens ou actuels chefs d’Etat et de gouvernement sont cités. Parmi les personnalités mentionnées figurent notamment un cercle rapproché de personnalités autour de Vladimir Poutine. Les associés du président russe auraient détourné plus de deux milliards de dollars avec l’aide de banques et de sociétés écran. Le premier ministre islandais, Sigmundur David Gunnlaugsson, mais aussi de nombreux autres noms de chefs d’Etat ou de personnalités politiques sont visés. On y retrouve également le footballeur argentin Lionel Messi et le président suspendu de l’UEFA, Michel Platini. Tous ont placé une partie de leur fortune dans les paradis fiscaux.

Société offshore : un artifice généralement utilisé pour la corruption et le crime organisé

En matière de corruption, les sociétés offshore sont un artifice prisé. Voilà quelques années, des analystes de la Banque mondiale et de l’ONU avaient passé au crible 213 affaires de corruption qui avaient fini devant un tribunal. Dans près de trois quarts des cas, au moins une société boîte aux lettres avait servi à cacher le vrai propriétaire des fonds. Pour un total de 56,4 milliards de dollars.

Cette fuite montre le fonctionnement de 214'000 sociétés-écrans, trusts et fondations dans vingt et une juridictions, des Îles Vierges britanniques à Samoa, dans le Pacifique Sud. Les fichiers informatiques, minutieusement mis à jour, révèlent les noms des intermédiaires ayant demandé la création de ces sociétés, des personnes en relation avec elles, ainsi que les véritables propriétaires.

Des chefs d'Etat et responsables politiques éclaboussés...

Au nombre des personnalités politiques impliquées, l'on peut citer l'ancien président soudanais al-Mirghani, décédé en 2008. On retrouve également six proches de dirigeants, comme le neveu du président sud-africain Jacob Zuma, la veuve de l'ex-chef d'Etat guinéen Lansana Conté et le secrétaire particulier du roi du Maroc.

L'on dénombre également une dizaine de ministres et hauts fonctionnaires, notamment Jaynet Désiré Kabila Kyungu, députée et sœur du président congolais, le ministre algérien de l'Industrie et des mines, Emmanuel Ndahiro, ancien directeur du renseignement rwandais ou encore Bruno Jean-Richard Itoua, ministre de la Recherche du Congo-Brazzaville.

L’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac serait aussi impliqué. D’après ces documents, Jérôme Cahuzac était propriétaire d’une société, immatriculée aux Seychelles en 2009 et associée à un compte en banque lié au cabinet Fonseca.

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En résumé, ce sont au total cinq(5) chefs d’Etat en fonction, dont l’actuel premier ministre islandais, le président ukrainien et le président argentin, ainsi que sept anciens chefs d’Etat, ainsi que huit(8) ministres ou anciens ministres, sur quatre continents. On dénombre également : soixante et un (61) membres de la famille de chefs de gouvernement ou leurs amis proches. Par exemple, Li Xiaolin, la fille de l’ancien premier ministre chinois Li Peng.

En théorie : Les sociétés-écrans ne sont pas illégales en soi. Elles servent dans la plupart des cas à garantir la confidentialité sur des transferts d’argent. Les intermédiaires qui utilisent ce système insistent sur le fait qu’elles protègent des clients légitimes et leur fortune régulièrement acquise, en toute légalité.

Dans les faits: La réalité semble tout autre. Des journalistes indépendants qui ont épluchés ces documents ont pu constater et lever le voile sur les zones d'ombre et les réseaux internationaux liés aux crimes organisés qui se cachent derrière ces sociétés-écrans, comment elles sont utilisées et dans quels buts. Le résultat est dévastateur.

Des militaires, des juges, des criminels sont cités...

Au nombre des personnes ayant utilisé des sociétés-écrans, on peut citer Ali Dabaiba, banquier du clan Kadhafi, en Libye, et Alaa Moubarak, fils de l’ancien président égyptien, aujourd’hui en prison.

Et encore:

  • L’ancien premier ministre ukrainien, condamné pour blanchiment d’argent, extorsion et fraude.
  • Un gouverneur du Nigeria, condamné à 13 ans de prison pour avoir détourné 250 millions de dollars.
  • La veuve de l’ancien dictateur guinéen, accusée par les Etats-Unis d’avoir reçu 5,3 millions de dollars de pots-de-vin.
  • Un ancien ministre de la Défense géorgien, poursuivi pour corruption.
  • Le fils du premier ministre malaisien, actuellement dans le viseur du Ministère public de la Confédération dans le cadre de l’affaire de corruption 1MDB. Le montant total détourné est colossal: 4 milliards de dollars.

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De nombreux criminels plus ordinaires cachent aussi leur argent dans des sociétés offshore. Comme cet homme d’affaires américain condamné à 8 ans de prison pour avoir eu des relations sexuelles avec des enfants. La justice l’accusait d’avoir travaillé au cœur d’un réseau de prostitution enfantine de Saint-Pétersbourg, qui louait les services de filles âgées parfois de 13 ans seulement. Depuis la prison, l’entrepreneur a continué à tranquillement administrer sa société offshore. Cette dernière possède toujours une adresse dans le canton de Lucerne.

Des militaires, des juges, des barons de la drogue, des trafiquants d’armes ou de faux documents, ainsi que des mafieux, cherchent aussi à protéger leur anonymat.

Dans de nombreuses situations, le rôle exact des sociétés impliquées dans l'affaire du "Panama Papers" n'a pas encore livré tous ses secrets.

En attendant la suite de cette affaire, les journalistes qui ont participé à cette enquête internationale soulignent qu'il existe des cas d'utilisations parfaitement légitimes des sociétés offshore, et qu'il ne faut surtout pas considérer systématiquement quiconque ayant recours à une société-écran comme étant un criminel, même si ce type d'entité est l'un des outils privilégiés pour l'évasion fiscale.

Par : La Rédaction AfroPolitis.com

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