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[Emission] "Carte blanche" à Christiane Taubira sous le thème : «la chaîne de résistances : de la cale au marronnage»

Politique
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Loi Taubira, 20 ans après. Quel bilan ? À l'occasion de son passage dans l'émission "Carte blanche à Christiane Taubira" pour la célébration du 173ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Guyane (10 juin 1848 - 10 juin 2021), Christiane Taubira ravive la mémoire histoire historique de l'esclavage et des luttes de résistances qui ont conduit à son abolition, autour du thème «La chaîne de résistances : de la cale au marronnage». La rédaction AfroPolitis.com vous propose de suivre cette émission et de dresser ensemble, le bilan de la Loi Taubira et des perspectives de réparations pour les victimes.

Loi Taubira, 20 ans après. Quel bilan ? À l'occasion de son passage dans l'émission "Carte blanche à Christiane Taubira" pour la célébration du 173ème anniversaire de l'abolition de l'esclavage en Guyane (10 juin 1848 - 10 juin 2021), Christiane Taubira ravive la mémoire histoire historique de l'esclavage et des luttes de résistances qui ont conduit à son abolition, autour du thème «La chaîne de résistances : de la cale au marronnage». La rédaction AfroPolitis.com vous propose de suivre cette émission et de dresser ensemble, le bilan de la Loi Taubira et des perspectives de réparations pour les victimes.

C'est dans un Facebook live organisé par la Fondation pour la Mémoire de l'esclavage a marqué le 173ème anniversaire de l'abolition de l'abolition de l'esclavage en Guyane (10 juin 1848 - 10 juin 2021), que Christiane Taubira a tenu à raviver la mémoire histoire historique de l'esclavage et des luttes de résistances qui ont conduit à son abolition, autour du thème «La chaîne de résistances : de la cale au marronnage».

Accompagnée de tambours, joués sous de multiples formes, Christiane Taubira revient sur l'esclavage, sa mémoire historique, ses legs culturels et surtout ses luttes de résistances (individuelles et collectives) pour la liberté et le droit à la dignité humaine des esclaves et leurs descendances. C'est l'occasion pour l'ancienne ministre de la justice française de mettre en exergue ces actes exceptionnels de bravoures et d'amour, qui ont caractérisé ces combats pour la vie et la liberté, face à la barbarie d'un système économique et politique d'un niveau de cruauté jamais atteint auparavant, dans l'histoire de l'humanité.

Diffusée sur la chaîne Guyane la 1ère, Christiane Taubira a eu effectivement « Carte Blanche» pour célébrer non seulement la mémoire et l'héritage culturel légué par ses ancêtres méritant.e.s, mais aussi et surtout les modes d'organisation de cette résistance au niveau collectif, qui doivent constituer, pour les jeunes générations, une source d'inspiration et de bravoure intarissable.

Notons que cette émission a associé une quinzaine de personnalités guyanaises et de l’Hexagone, chercheur.se.s, militant.e.s, artistes, toutes et tous réuni.e.s pour évoquer la mémoire des résistances à l’esclavage et des marronnages sur le sol sud-américain. En tout, c'est deux heures d'émission, pour un programme bien rythmé et présenté par la journaliste Laurence Tian Sio Po, avec Christiane Taubira ainsi que ses nombreux invité.e.s, parmi lesquels : Yannick Theolade (djokan, art de combat guyanais), Lydie Ho Fong Choy-Choucoutou(l’historienne), Stéphane Vérin (musicien), José Legrand (plasticien), Anncy Clet et Lionel Agarande (maîtres tanbouyens), Apa Mumia Makeba (militant), Alexis Tiouka (musicien, joueur de sanpula), Louis Sala-Molins (philosophe), les frères Cippe (musiciens), Gwendolyne Dekon (militante), Jean-Paul Agarande (musicien), Franck Appolinaire (militant), Sani A Foe Wan Teng (musiciens), Yasmina Ho You Fat Deslauriers (comédienne), Tanbou Leve (musiciens).

Notons que la loi du 21 mai 2001 portée par Christiane Taubira et reconnaissant l'esclavage comme crime contre l'humanité vient de passer son 20ème anniversaire. Cette fameuse loi qui, pour rappel, avait été vidée de toute substance avant d'être votée et promulguée, est reléguée aujourd'hui, au rang de simple loi mémorielle, classée dans la catégorie des lois dites "loi ordinaire (parfois appelée loi simple)".

Loi Taubira : quelles avancées concrètes pour les victimes ?

Au bout de 20 années après la promulgation de la loi Taubira, nous sommes en droit de nous interroger sur les avancées concrètes que cette loi a permis d'accomplir pour la réparation des victimes de l'esclavage et de leurs ayant-droits ?...Mise à part(bien sûr) la nomination de Christiane Taubira au poste de ministre de la justice française et de la promotion marginale de quelques personnalités emblématiques dans le dispositif mis en place par l'état français pour poursuivre l'exploitation et la capitalisation de son héritage esclavagiste ?

Le constat est sans appel : zéro début de réparations, zéro reconnaissance, zéro volonté de mettre fin à la continuation lucrative du crime historique.

Pour les territoires esclavagés et colonisation, l'heure est à la recolonisation tous azimuts : politique, économique, militaire, culturel, scientifique,...Et ce crime est d'autant plus abject que les propriétaires d'esclavage avaient été indemnisés au moment de l'abolition de l'esclavage, et que les sommes qu'ils ont perçu en compensation de "leur sacrifice" s'élevait, d'après les archives officielles, jusqu'à 126 millions de francs de l'époque, ce qui représenterait aujourd'hui une indemnité d'environ 27 milliards d’euros :

« Après avoir aboli l’esclavage pour la seconde fois le 27 avril 1848, la France accorde en 1849 une indemnité aux anciens propriétaires d’esclaves de l’empire colonial, à La Réunion, en Martinique, Guadeloupe, Guyane, au Sénégal et à Nosy Bé et Sainte-Marie de Madagascar. À travers cette mesure controversée, l’État tente de préserver ses intérêts économiques dans les colonies dont la possession est en péril, les colons menaçant de quitter ces territoires. 126 millions de francs or y seront consacrés sous forme de versement immédiat en numéraire (6 millions) et de rente annuelle de 6 millions sur 20 ans, selon des montants différents pour chaque colonie : une somme qui représente une part importante des dépenses publiques (Le revenu national de l’époque était de l’ordre de 10 milliards de francs or, 126 millions représentaient donc 1,3 % du revenu national. Actuellement le revenu national est d’environ 2100 milliards d’euros et en appliquant la même proportion, l’indemnité représenterait 27 milliards d’euros.)…Source : Projet "Repairs" par le Centre international de recherche sur les esclavages et les post-esclavages du CNRS

Pour ceux et celles qui souhaitent approfondir cette question importante, nous vous informons qu'une base de données officielle a été créée, répertoriant le détail des indemnités versées aux criminelles et à leurs ayant-droits. Mais pour ce qui concerne le crime de l'esclavage, la tendance de l'état français est clairement à la négation et à l'apologie de crimes contre l'humanité. Pour preuve ce que déclare la page officielle de wikipédia consacré à la loi ordinaire "Taubira" :

Source : wikipedia

Ainsi, force est de constater que la loi Taubira aura principalement été utilisée par l'état français comme un instrument au service du renforcement du crime, mais en aucun cas de sa reconnaissance, encore moins de son interruption, ni même d'un début de réparation. Bien au contraire, l'état français s'en est servi comme prétexte pour polir son image de nation des droits de l'homme, tout en retroussant ses manches, pour mieux poursuivre son crime historique, assuré de son impunité.

Rappelons que le 20 janvier 2021, pendant que Joe Biden se faisait investir comme président désigné des Etats-Unis par le complexe politico-médiatique mondialiste, le Mouvement international pour les réparations et le comité international des peuples noirs, se faisaient déboutées en appel, dans le procès sur les réparations des crimes liés à l’esclavage, tout comme ils l'avaient été en première instance par la cour d’appel de Basse-Terre (Guadeloupe).

[Vidéo] Loi Taubira : quelles réparations pour l'esclavage et comment ?

La loi Taubira a permis entre autres, à l'état français, de conforter son discours officiel de nation vertueuse qui peut se permettre de donner des leçons au monde entier en matière de droits de l'homme; et qui renfloue ses caisses en capitalisant sur son butin de crime, à travers le développement de son industrie culturelle esclavigiste(via ses nombreux musées remplis d'objets pillés et volés), l'exploitation économique abjecte et amorale des corps momifiés de personnage historique(à qui l'on refuse le droit au repos éternel), ses dispositifs d'appropriation culturelle systématique(propriété intellectuelle sur des artefacts et oeuvres de l'esprit qualifiées de "primitive"), et sans oublier, toute la chaîne de production culturelle particulièrement révisionniste, visant même à vanter le rôle positif de l'esclavage et de la colonisation...

En conclusion, la loi Taubira aura été une étape importante dans le combat pour la libération, la souveraineté et la réparation des peuples esclavagés et colonisés jusqu'à ce jour, mais le combat ne fait que commencer.

Et la jeunesse africaine mondiale qui prend aujourd'hui la relève dans ce combat devra intégrer dans sa conscience, les mécanismes utilisés par le système pour mettre en échec nos luttes collectives, à savoir la co-optation et la promotion en son sein d'individualités acquises à sa cause, pour ne jamais avoir à faire face aux conséquences immondes de son crime, encore moins à son arrêt et à sa réparation. Or il ne faut jamais oublier qu'un crime resté impuni condamne son auteur à la récidive aussi longtemps qu'il restera gratuit. Tant que dans l'inconscient collectif et dans la conscience collective, l'esclavage demeurera un crime sans conséquence pour ses auteurs, les assassinats ciblés et décomplexés à la Mamoudou Barry, à la Georges Floyd, ou plus récemment, à la Youssoupha continueront malheureusement de faire partie du vécu quotidien de la communauté africaine.

En définitive, seule une communauté organisée est capable de faire respecter ses droits, et de s'assumer en tant que communauté responsable et respectée.

Par Kouadio Kouamé

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