[Afrique] Développement de partenariats stratégiques : l'alternative africaine-américaine

[Afrique] Développement de partenariats stratégiques : l'alternative africaine-américaine

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L’Union Africaine (UA), dans l’axe IV de son 1er Plan d’Action Stratégique Horizon 2007, a donné une priorité accrue au développement et à la fortification des alliances stratégiques. Quatre pistes ont ainsi été retenues : (1) partenariats continents à continents, (2) partenariats continent à Pays, (3) partenariats/coopération Institution à Institution, (4) partenariats en vue.

Le sommet France-Afrique, le forum Afrique-Chine, les relations Afrique-Etats-Unis sous AGOA, ou Afrique-Japon (TICAD) tombent dans l’une ou l’autre des catégories précédemment citées.

Or, dans son Agenda 2063, l’UA met l’accent sur la renaissance Africaine et sur la réalisation de l’idéal panafricain afin « d’optimiser l’usage des ressources Africaines pour le bénéfice de tous les Africains »

Un tel objectif ne pourrait être pleinement atteint sans l’implication des Afro-descendants. Quand bien même cela ne fait aucun mal de garder tous les partenaires que nous avons déjà, il est néanmoins essentiel de développer un partenariat fort avec les Africains de la diaspora et plus particulièrement avec les Africains-Américains (AA) ; car comme l’a un jour déclaré le célèbre historien noir John Henrik Clarke lors d’une conférence face à une audience AA: « … si vous voulez à tout prix avoir des amis, regardez-vous dans une glace pour avoir une idée de ce à quoi ils devraient ressembler. »

Sans forcement être entièrement d’accord avec Clarke, l’on est néanmoins amené à constater avec lui que le peuple noir est jusqu'à présent toujours sorti grand perdant dans les échanges avec les autres peuples. Dans les conditions présentes, il n’y a rien qui laisserait croire que les choses pourraient en être autrement.

Les sommets France-Afrique ne peuvent rien produire de bon, le dernier en date a été brillamment analysé dans l’excellent article de Roger Armand Biloa [1]. Les lecteurs devront également lire les autres articles [2] et [3] du même auteur (Biloa) pour comprendre pourquoi la France, et par extension l’Union Européenne (UE) ne représente pas une alternative crédible et viable.

Avec les Etats-Unis qui fonctionnent selon la même logique que l’UE, l’AFRICOM n’est pas la seule menace, l’on risque d’assister à une multiplication des OGM dans l’agriculture et l’alimentation, ce qui est une horreur; le bel article [4] du Dr Kleber Mbenoun est fortement recommandé pour une meilleure compréhension de ce sujet (les OGM). Le Japon quant à lui ne pense véritablement qu’à financer la lutte contre le terrorisme au sahel, le reste n’est que déclaration de bonnes intentions [5].

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D’autres auteurs comme Pougala qui est brillant soit dit en passant, (même si l’on n’est pas toujours d’accord avec lui) misent tout sur la Chine. C’est vrai que jusqu'à présent, la Chine se montre moins vorace que la contrepartie Occidentale, mais gardons néanmoins à l’esprit que dans les relations internationales, seuls les intérêts prévalent. N’oublions pas non plus que cette même Chine a laissé faire en Libye, et au Soudan.

Le danger de lâchage est d’autant plus grand que les administrations Américaines successives depuis Nixon et son secrétaire d’état Kissinger n’ont jamais renoncé à faire de la Chine non pas un adversaire mais un partenaire stratégique. Hilary Clinton a réitéré cette doctrine lors de son témoignage de confirmation comme Secrétaire d’Etat en disant : «…nous voulons des relations positives et de coopération avec la Chine, relations dans lesquelles nous allons approfondir et renforcer nos liens sur un certain nombre de sujets, et candidement aplanir nos différences la où elles existeraient…». John Kerry le nouveau chef de la diplomatie Américaine abonde dans le même sens. L’Afrique risque une fois de plus de devenir la victime de ce rapprochement.

S’il y a au moins une chose que l’Afrique doit apprendre de toutes ses mésaventures dans l’histoire, c’est d’être vigilent, et de se méfier de tout ce qui se fait sur son dos. L’Afrique n’était pas représentée à la conférence de 1885 d’alors, et l’on en connait le résultat. L’Afrique n’est pas représentée aux sommets du G8 d’aujourd’hui, et doit donc logiquement se méfier de ce qui se mijote dans ces sommets, et prendre par conséquent les devants et adopter des mesures conservatoires strictes: faire de la « Nation Noire » dont rêvait Marcus Garvey et ses disciples, une réalité opérationnelle. Pour y parvenir, les AA seront d’une importance cruciale.

De toutes les communautés noires à travers le monde, celle vivant aux Etats-Unis détient peut-être la clé qui pourrait permettre à l’Afrique de s’émanciper de toute domination étrangère, et en retour l’Afrique continentale permettrait à cette communauté de s’affranchir des préjugés et des injustices qui la confinent au dernier rang des communautés évoluant sur le territoire Américain.

Cette communauté, qui est par ailleurs bien organisée, possède déjà l’avantage singulier d’évoluer dans le pays dit le plus puissant au monde, jusqu'à présent, probablement le centre de décision le plus important au monde.

Or, le CBC (Congressional Black Caucus) compte 45 membres repartis dans diverses commissions, en clair tous les dossiers que gère le Congres passent sous leurs yeux et donc sont en principe connus de la Présidente Marcia L. Fudge. Et celle-ci, a priori, ne trouverait quand même pas d’inconvénients à recevoir des responsables de l’UA ou leurs émissaires.

Au CBC il faudrait ajouter la multitude des élus locaux de haut profil comme le gouverneur de l’état du Massachussetts Deval Patrick, ou même le maire de Newark Cory Booker, bien partit dans la course pour le fauteuil de sénateur du New Jersey.

Sur le plan militaire, une vingtaine des plus hauts gradés sont des noirs, ceux-ci se retrouvent à des postes stratégiques comme le General Lloyd J. Austin commandant du CENTCOM (Central Command), ou même l’Amiral Cecil D. Haney qui commande la flotte du pacifique, la plus large flotte au monde avec environ 200 navires et sous marins, 1100 avions de combat et 140000 marins et civils.

Sur le plan économique, les 34 millions d’AA ont un pouvoir d’achat qui s’élève a environ 1000 milliards de dollars que l’on peut comparer aux 1273 milliards de PIB de l’Afrique subsaharienne. Le faible taux de rétention d’argent dans la communauté AA explique en grande partie le paradoxe qui consiste à avoir autant d’argent et de ne pas en profiter. L’Afrique avec son gros potentiel en investissement permettrait d’améliorer cette situation, en maintenant l’argent un peu plus longtemps dans le monde noir, mais également à le fructifier.

Dans le show-business, la jeunesse Occidentale dance au rythme des artistes AA.

Deux questions légitimes viennent naturellement à l’esprit.

La 1ère est de savoir le sens que revêt ce beau tableau des AA, la 2ème est de savoir ce qui les pousserait à s’associer avec les autres Africains s’ils sont déjà aussi bien lotis.

La réponse à la 1ère question est très simple; si la nation Africaine devenait une réalité, avec une telle infiltration noire dans tous les secteurs clés du pays dit le plus puissant au monde, personne n’oserait plus comploter contre l’Afrique.

La 2ème question quant à elle demande que l’on élabore un peu plus. Les AA eux aussi continuent de souffrir d’un déficit d’image qui ne pourra trouver sa solution définitive que le jour où l’image de l’Afrique toute entière sera réhabilitée; aucun noir du monde ne peut échapper définitivement ni même durablement à cette réalité. A ce sujet, Marcus Garvey disait si justement: « Tout un chacun sait qu’il n’y a absolument pas de différence entre un Africain du continent et celui de la diaspora, en ceci que nous sommes tous descendants d’une même famille. C’est par accident que nous avons été divisés et maintenus séparés pendant des centaines d’années, mais je pense qu’il est temps que nous nous remettions ensemble dans un esprit d’amour fraternel[6]

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En plus, si le potentiel qu’offre l’Afrique réussi à attirer toute sorte de prédateurs, même ceux qui n’aiment pas l’Afrique. Bien présenté, ce potentiel devrait forcement attirer les filles et fils de l’Afrique. A toute fin utile, il est essentiel que les Africains et leurs gouvernements rassurent les Afro-descendants que l’Afrique leur appartient au même titre qu’ à ceux qui vivent sur le continent.

Il reste néanmoins vrai que la bataille n’est pas gagnée d’avance. Cette situation de méfiance et d’indifférence entre les Africains d’une part et les AA d’autre part n’est pas le fruit du hasard, elle est astucieusement et savamment entretenue par ceux qui s’accaparent les richesses de l’Afrique, et qui aimeraient par conséquent tenir les AA à distance. Vaincre cet obstacle demandera beaucoup de travail et du temps, mais les liens de sang extrêmement forts seront cruciaux, et vont peut-être faire la différence.

Convenons néanmoins que les liens de sang à eux seuls ne vont pas faire le travail à la place des Africains, une opération de charme et des canaux de communication doivent immédiatement se mettre en place; la Chine n’a pas construit le siège de l’UA pour nos beaux yeux.

Il est des secteurs dans lesquels nous pouvons avoir un impact immédiat. Les HBCU (Universités Noires Américaines) connaissent quelques problèmes de trésorerie, nous pouvons y investir massivement.

Une métropole noire comme Detroit est en banqueroute, l’Afrique pouvait saisir cette opportunité et s’offrir pratiquement toute cette ville et la viabiliser, joignant ainsi l’utile au rentable en faisant en même temps l’humanitaire et de bonnes affaires. Et Detroit n’est pas la seule ville noire dans cette situation, or l’Afrique a les moyens de devenir un acteur fort dans l’économie la plus libérale et probablement la mieux organisée au monde (les USA).

Si l’Afrique réussit à apporter une solution au chômage endémique des noirs en Amérique, à la discrimination dont ils sont victimes auprès des banques, et une sécurité financière à leurs Universités, il est impensable que les AA ne finissent pas par réclamer leur appartenance à la nation Africaine. Dans le processus, ils comprendront que l’Afrique ne vient pas mendier une aide pour son développement, mais qu’elle désire un partenariat fort.

A l’état actuel de son fonctionnement, l’Afrique ne peut pas réussir ce coup de force. Son avenir dépend donc de sa volonté à vouloir sortir de la médiocrité dans laquelle elle semble se plaire. Elle doit se lever et prendre des décisions d’affranchi, ou au moins, montrer une forte détermination dans le refus de sa mise sous tutelle.

Rendre l’UA indépendante du financement de l’Union Européenne est la première étape qui ne devrait en principe pas être aussi difficile.

L’autre mesure que l’Afrique peut prendre dans ce sens c’est de mettre en place un seul organe qui négocierait les contrats d’exploitation de ses ressources naturelles en attendant de le faire elle-même, voir [7] pour un début de solution. Comment peut-t-on imaginer que le Niger puisse négocier de façon équitable avec Areva si le budget de fonctionnement de cette entreprise est déjà supérieur à celui du Niger?

Cet organe aura l’avantage de protéger nos états, qui pris individuellement ne peuvent pas faire le poids face aux compagnies étrangères. En plus pour une même ressource, les conditions d’exploitation seront harmonisées et uniformes. Sans vouloir entrer dans les détails de fonctionnement de cette instance, un pourcentage fixe des revenus négociés pourrait être reversée au compte de l’UA et garantir ainsi son autonomie financière.

Pour que tout ce système puisse correctement fonctionner, les projets de la Banque Africaine et du Fond monétaire africain doivent devenir des réalités. Ces deux institutions permettraient aux pays africains de négocier sereinement le prix de leurs matières premières en avançant si besoins se faisait sentir de l’argent aux pays dont les ressources seraient en instance de négociation; un tel processus nous empêcherait de brader nos richesses pour de l’argent liquide.

Certains pays africains doivent cesser de se faire distraire par la promesse d’une place de membre permanent du conseil de sécurité que l’on leur miroite afin de les instrumentaliser dans les campagnes d’affaiblissement de l’Afrique. Ces pays doivent au contraire s’investir dans la consolidation de l’UA. A y regarder de près, l’Afrique possède déjà une place de membre permanent, car elle peut toujours faire élire un état Africain au conseil de sécurité, la seule chose à faire maintenant est de décider que chaque représentant Africain parlera au nom de l’Afrique toute entière et suive les recommandations de l’UA.

L’Afrique a aujourd’hui un choix simple qui s’offre à elle, ou elle fait ce qu’elle a à faire pour unir tous ses fils sous une même tente et devenir instantanément une puissance dans le monde, ou alors elle tergiverse, projette un visage misérabiliste, et continu de nous offrir le spectacle de mauvais gout du genre auquel nous avons assister les 6 et 7 décembre dernier, ou les chefs d’états africains se sont promptement mis en ordre de marche sur injonction du président français. Notre avenir est plus que jamais entre nos mains.

Par Paul Daniel Bekima(Le Sphinx Hebdo & Afriqinter Radio)

Notes

[1] Sommet France-Afrique – L’Illusion de Puissance a l’Epreuve de Nouvelles Réalités Africaines.

[2] Le Cameroun au Centre d’une Manœuvre de Déstabilisation par des Réseaux et des Barbouzes Français (à paraitre).

[3] Le Poids Réel de la France sur la Scène Internationale en 2013 (à paraitre).

[4] Organismes Génétiquement Modifiés: Une Menace à la Survie de notre Nation.

[5] Déclaration du TICAD V – Sommet tenu a Yokohama du 1er au 3 Juin 2013.

[6] Extrait du Discours Prononcé le 22 Avril 1922 à New-York City, à l’occasion d’une Convention de l’UNIA

[7] Universités du Pétrole et Futur de l’Afrique noire, par Paul Daniel Bekima

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