Frères et sœurs d’Afrique, peuples du Sénégal, du Ghana, du Kenya, d’Afrique du Sud, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Maroc, de l’Ouganda et de tous les autres, arrêtez-vous un instant. Posez votre téléphone, coupez la télévision qui vous raconte toujours la même histoire écrite par d’autres, et écoutez ce qui se passe en ce moment même au cœur du Sahel. Un pays qu’on disait pauvre, qu’on disait condamné à tendre la main et à baisser la tête, un pays qu’on avait puni de toutes les sanctions possibles parce qu’il avait osé dire « ça suffit », ce pays est debout. Il n’est pas seulement debout, il marche, il court, il signe des accords, il tend la main à qui veut bien le respecter, et il ferme la porte à ceux qui venaient encore avec leurs bottes et leurs injonctions.
Vous avez vu ? En quelques jours à peine, le Niger a renforcé son partenariat militaire avec la Turquie. Recep Tayyip Erdogan reçoit le président nigérien Abdourahamane Tiani à Ankara, et ce n’est pas une visite de courtoisie. C’est une déclaration. La Turquie livre des drones Bayraktar, des véhicules blindés, des systèmes de surveillance, et même des armes avant que le Niger n’ait payé. Avant de payer, vous entendez ? Quel autre pays occidental ferait ça pour un pays africain ? Le Niger a obtenu ce que la France, les États-Unis, l’Allemagne n’ont jamais offert : la confiance sans la mise sous tutelle. Et en échange, la Turquie n’a pas exigé de bases militaires permanentes, n’a pas imposé ses juges, n’a pas dicté sa politique. Elle a simplement proposé. Voilà ce que devient le Niger : un pays qui choisit ses partenaires au lieu de les subir.
Mais ce n’est pas tout. Pendant que certains paniquent à Paris ou à Bruxelles, le Niger signe avec l’Algérie trois mémorandums énergétiques majeurs. Trois. Un sur l’exploration sismique, un sur le forage, un sur la distribution des produits pétroliers et même la fabrication du bitume. L’Algérie, par l’intermédiaire de Sonatrach, s’engage à former, à investir, à co-entreprendre avec la Société nigérienne du pétrole. C’est un pied dans la porte pour le gazoduc transsaharien, ce projet titanesque qui relierait l’Algérie au Nigeria en passant par le Niger. Pourquoi c’est important ? Parce que cela signifie que le Niger ne dépendra plus jamais d’un seul couloir de sortie. Le Bénin peut bien rouvrir sa frontière – on y revient –, le Niger a désormais une porte vers le nord, vers la Méditerranée, vers l’Europe sans passer par l’ancien colonisateur. L’Algérie, certes, n’est pas parfaite, mais c’est une nation africaine, souveraine, qui tient tête elle aussi aux puissances étrangères. L’union fait la force, dit-on. Le Niger l’a compris.
Et pendant ce temps, qu’arrive-t-il à la frontière avec le Bénin ? Le Premier ministre nigérien, Ali Mahamane Lamine Zeine, installe un comité chargé de la réouverture. Quinze jours pour réfléchir aux conditions. Quinze jours, pas un de plus. Cela veut dire que le Niger ne se précipite pas. Il ne va pas ouvrir les vannes parce que le Bénin le demande ou parce que la CEDEAO fait pression. Non. Le Niger dicte son tempo. Il a subi un an et demi de fermeture, des pertes économiques énormes, des produits qui pourrissent dans les entrepôts, du pétrole bloqué. Mais il a tenu. Et aujourd’hui, c’est lui qui pose les conditions. Le président Wadagni est venu à Niamey, pas l’inverse. Retenez bien cela : les dirigeants africains commencent à comprendre qu’on ne peut plus traiter le Niger comme un vassal. Celui qui vient doit négocier, pas imposer.
Mais la force du Niger ne se limite pas à ses alliances extérieures. Elle est aussi intérieure. Regardez ce qui s’est passé à Ingall, dans la région d’Agadez, cette zone de transit où les trafiquants de drogue, d’armes et d’êtres humains opéraient en toute impunité. La Garde nationale du Niger a saisi neuf boules de cannabis, huit cent dix comprimés de tramadol Tima King 250, et une moto. Deux suspects arrêtés. Ce n’est pas une grosse saisie en termes de volume, mais c’est un symbole puissant. Parce que cela montre que l’État nigérien est présent aux frontières, qu’il lutte contre les fléaux qui rongent sa jeunesse, qu’il ne laisse personne dire que le Sahel est une zone de non-droit. Le capitaine Abdoulaye Toudou a félicité ses hommes, et il a rappelé l’essentiel : la collaboration avec les populations. La sécurité ne se décrète pas, elle se construit avec le peuple. Voilà une leçon que trop de gouvernements africains ont oubliée.
Et que dire du Mali, ce voisin frère qui a condamné l’agent français Yann Vézilier à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État ? Vingt ans, plus une interdiction de séjour de vingt ans, plus une amende, plus le franc symbolique. Certains en Occident crient à l’arbitraire. Mais demandez-vous : pourquoi un agent étranger, accrédité comme diplomate, se trouverait-il au Mali à fomenter un complot ? La France a été chassée du Mali, du Burkina, du Niger, mais ses agents sont restés. Le verdict de Bamako est un signal adressé à toutes les anciennes puissances coloniales : ne jouez pas avec nos États. Nous avons notre justice, même imparfaite, et elle saura vous juger si vous outrepassez. Le Niger, qui n’a pas encore condamné d’agent français, observe et approuve. Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina, Niger – sont soudés. Ils savent que leur survie dépend de cette unité.
Mais il y a un autre acteur discret mais essentiel : la Banque africaine de développement. Le Premier ministre Zeine a reçu son représentant résident Mamadou Tangara. Pourquoi est-ce important ? Parce que la BAD continue de financer le Niger alors que la Banque mondiale et le FMI ont suspendu leurs appuis directs. La BAD, c’est une institution panafricaine. Elle n’obéit pas aux ordres de l’Élysée ou de la Maison Blanche. Elle regarde les besoins des populations, pas la couleur politique du gouvernement. C’est cela, l’Afrique qui avance : des institutions qui nous appartiennent, qui ne nous lâchent pas au premier coup de Trafalgar. Le Niger a compris qu’il doit se tourner vers ses propres banques, ses propres fonds, ses propres partenaires régionaux. L’argent venu d’ailleurs a toujours un prix politique.
Et la diaspora ? Elle aussi est au rendez-vous. Le ministre de l’Intérieur a reçu une délégation de Nigériens vivant à Kano, au Nigeria, conduite par le Sarkin Zabarma, l’honorable Barham Amadou. Ces Nigériens de l’extérieur sont venus dire : nous sommes avec vous. Ils ne se sont pas fait avoir par la propagande. Ils savent que leur pays traverse une tempête, mais ils ne le laisseront pas sombrer. Cette audience est un message à tous les exilés africains : ne coupez pas le cordon. Votre pays a besoin de votre foi, de votre argent, de vos idées. Les diasporas africaines sont souvent plus patriotiques que ceux qui sont restés. Le Niger le reconnaît et leur ouvre ses bras.
Alors, que nous disent tous ces événements ? Une seule chose, frères et sœurs : le Niger a choisi la souveraineté assumée, non pas comme un slogan, mais comme une méthode. Chaque jour, il avance un pion. Parfois avec la Turquie, parfois avec l’Algérie, parfois avec la BAD, parfois avec sa diaspora, parfois avec le Mali. Il n’attend pas que les Occidentaux lui donnent la permission. Il ne demande pas d’aumône. Il négocie des partenariats gagnant-gagnant. Et quand on le menace, il tient bon. Le prix à payer est élevé. Les sanctions pèsent sur le peuple. L’inflation, le chômage, les coupures d’électricité, le carburant qui manque – tout cela est réel. Mais demandez aux Nigériens dans la rue : préfèrent-ils revenir à l’époque où la France décidait de leur président, où l’uranium était extrait sans bénéfice pour le pays, où les soldats étrangers circulaient en liberté ? La réponse est non. Ils ont goûté à un peu de fierté nationale, et ils n’en veulent plus redescendre.
Alors, chers Africains du continent et de la diaspora, réveillons-nous. Le Niger n’est pas parfait. Ses dirigeants sont des militaires venus d’un coup d’État, et l’on peut discuter de la légitimité ou de la démocratie. Mais ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est que face à l’arrogance des puissances établies, face à la mainmise économique, face aux ingérences politiques, un petit pays pauvre a dit « non ». Et il ne s’est pas écroulé. Il s’est même renforcé. Cela prouve que nous avons le pouvoir. Pas demain, pas dans dix ans, mais aujourd’hui.
Cessons de croire que nous avons besoin de tuteurs. Cessons d’attendre que l’Europe ou l’Amérique nous tendent la main. Elles ne le feront que si cela sert leurs intérêts. Regardez le Niger : il a trouvé des partenaires alternatifs. Il n’a pas attendu que la France l’aime. Il a cherché et il a trouvé. La Turquie, l’Algérie, la Russie – chacun avec ses défauts – mais au moins ils ne viennent pas avec la supériorité morale du colonisateur.
Frères, sœurs, nous avons les ressources. Nous avons le pétrole, le gaz, l’uranium, l’or, le cobalt, les terres rares. Nous avons les hommes, les femmes, la jeunesse, l’intelligence. Ce qui nous manque, c’est la volonté collective de briser les chaînes. Et le Niger nous montre que c’est possible. Pas en un jour, pas en un mois, mais pas à pas, accord après accord, saisie après saisie, audience après audience.
Alors, levez la tête. Ne laissez plus aucun ambassadeur étranger dicter qui doit gouverner votre pays. Ne laissez plus aucune compagnie étrangère piller vos richesses sans reverser l’impôt. Ne laissez plus aucun agent secret déstabiliser votre État. Imitez le Niger, non pas dans ses méthodes, mais dans son courage. Imitez sa détermination à ne pas fléchir. Parce que si le Niger tient, c’est toute l’Afrique qui peut tenir. Et si le Niger tombe, nous tomberons tous avec lui.
Le moment est venu de choisir. Rester à genoux, ou se lever. Le Niger s’est levé. À nous de faire de même. Réveillons-nous, Afrique. Le réveil n’attend plus.
Source par : Gilberto Nkamto
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