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[Culture] Comment les contes et les chants traditionnels ont sauvegardé la mémoire historique des afro-américains pendant l'esclavage ?

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Partout dans le monde, la culture des peuples, leurs coutumes et croyances se transmettent de génération en génération. Cette culture traditionnelle, communément appelée folklore, a servi de base à l'éducation des familles et des communautés concernant le passé culturel de leur peuple. Et pour les afro-américains, le folklore africain a joué un rôle particulièrement important dans la préservation de leur mémoire historique. Découvrons dans cet article comment les contes et les musiques traditionnelles ont permis de préserver la culture noire africaine chez les afro-descendants en dépit de l'esclavage.

L'année 1619 marque le début de l'histoire des afro-américains avec l'arrivée des premiers navires d'esclaves à Jamestown, en Virginie. L'esclavage n'a pas seulement mis les chaînes (physiques) aux pieds et aux mains des afro-américains.

Un esclave instruit était considéré comme un Homme libre "en puissance"

Pendant toute la période de l'esclavage, les esclaves ont été interdits d'apprendre à lire et à écrire, ni même de recevoir toutes formes d'instructions intellectuelles.

Car l’illettrisme était un moyen pour les esclavagistes de garder sous contrôle les esclaves, étant donné -pensaient-ils, que toute forme de stimulation intellectuelle risquait de provoquer chez ces derniers, des désirs de liberté et des velléités d'indépendance...

Les esclaves étaient forcés d'oublier leurs origines et leur culture africaines pour épouser exclusivement la culture anglo-américaine de leurs maître-esclavagistes. C'est la raison pour laquelle on leur interdît de pratiquer toute forme de traditions en rapport avec leur culture africaine : on leur a interdit de parler leurs langues, de porter leurs noms d'origine, de célébrer leurs ancêtres et leurs traditions,...

Les effets de l'esclavage sur la destruction de la culture africaine ont été considérables. Malgré cela, les afro-américains ont su maintenir les fondements de leur héritage culturel à travers la transmission des chants, des rythmes musicaux et les contes populaire à leur descendance en Amérique.

Et la culture africaine resta vivace et vigoureuse malgré l'esclavage

Pour garder vivace leur héritage culturel, les afro-américains ont utilisés toutes formes d'ingéniosité pour référencer et documenter leurs mémoires historiques, notamment à travers les contes populaires, qu'ils façonnaient au gré de leurs expériences les plus marquantes et qu'ils transmettaient à leurs descendants, de génération en génération.

Ces contes importés de leur continent natal par les esclaves s'étaient enrichis d'expériences nouvelles tirées de leurs conditions de personnes esclavagées, mais également, enrichis de faits de résistances héroïques et de désirs de liberté.

L’adaptation des traditions orales de leurs ancêtres ont aidé les esclaves kidnappés en Afrique, à faire face à leurs rudes épreuves en Amérique, et à documenter leurs expériences à travers de nouvelles versions narratives transmises à leur descendance. Ces contes réactualisés en permanence se racontaient en secret dans les cercles familiaux et communautaires.

Par exemple, Dans l'histoire d'un esclave de Guinée, relatée dans The Annotated African American Folktales, il demande à son maître blanc de l'enterrer à plat ventre quand il mourra, afin qu'il puisse retourner dans son pays d'origine, qu'il croyait se trouver directement de l'autre côté du pays :

Certaines personnes âgées résidant dans le Union County se souviennent avoir entendu leurs pères et leurs grands-pères raconter l'histoire de Sambo, un jeune esclave qui aspirait à retourner en Guinée, son pays natal.

Les chasseurs et les chiens de chasse ont eu peur de la forêt de Sambo pendant plus de cent ans…

Je suppose que les chiens de chasse ressentaient le mal du pays de Sambo. Mais maintenant que les chiens courent vite et librement, je suppose que Sambo est finalement rentré en Guinée.

Le folklore africain et la généalogie

Le folklore africain n'a pas seulement aidé les Afro-Américains à enregistrer et à se souvenir d'événements de grande envergure, ou à raconter la morale de la même manière que d'autres contes traditionnels, il a également contribué à la généalogie familiale individuelle.

Avoir réussi à préserver un aspect de la généalogie à travers le folklore rend l’histoire afro-américaine non seulement traçable, mais plus accessible. En effet, les contes se rapportent à des personnes spécifiques, à leurs expériences et aux lieux où elles ont vécu...Ce ne sont pas forcément des contes mythiques, mais des histoires sur de vraies personnes et sur ce qui leur est arrivé. Ils relatent les faits réels, et témoignent des luttes pour la liberté et l'émancipation des personnages héroïques.

Ce rapprochement entre généalogie et folklore confère aux histoires orales une continuité et ajoute un élément de curiosité personnelle au passé historique. Les personnages de l’histoire de la famille dans de nombreux contes folkloriques rendent chaque histoire unique, car le patrimoine de chacun est intimement lié à sa narration. Il ajoute également à la mémoire culturelle et renforce les valeurs familiales en permettant aux descendants de se référer aux expériences de leurs ancêtres et de les honorer.

La sorcière féline : un conte-témoignage de la mémoire de l'esclavage

Considérez cet extrait illustratif, tiré de l'ouvrage cité plus haut intitulé "The Cat-Witch", par exemple:

Cela s'est passé à l'époque de l'esclavage, en Caroline du Nord. J'ai entendu ma grand-mère me raconter cette histoire assez souvent... Ma grand-mère était cuisinière et femme de maison pour cette famille de propriétaires d'esclaves - qui devaient s'appeler les BISSIT, car elle était elle-même une BISSIT.

Eh bien, Old Marster avait des moutons, et il les tondait et avait l'habitude de conserver la laine à l'étage. Un jour, sa femme Old Miss accusa la cuisinière de lui avoir volé de la laine en ces termes : "Chaque jour ma laine diminue, quelqu'un me la prend".

Elle savait que personne d'autre ne pouvait y accéder facilement mise à part la fille de maison.

Alors ils la traînèrent dehors, déchirèrent son vêtement et Old Marster la fouettait copieusement.

Quand grand-mère y retourna pour nettoyer, elle trouva un chat couché dans le tas de laine. Elle pensa alors que c'est le chat qui à force de se rouler dans la laine la faisait paraître petite.

Et elle se dît qu'elle allait couper la tête du chat avec un couteau de boucher, si elle l'attrapait de nouveau en train de se rouler dans la laine. Et bien sûr que c'est ce que fit le chat !

Elle attrapa le chat par sa patte avant, et elle la lui trancha entièrement avec le couteau. Et le chat descendit les escaliers en courant, une patte en moins.

Alors elle prît la patte qu'elle a coupé, et celle-ci se se transforma en une main. Et cette main avait une bague en or au doigt, avec une initiale inscrite sur la bague. Ma grand-mère porta la main à sa maîtresse et la lui montra.

Grand-mère ne savait ni lire ni écrire, mais Old Miss le pouvait. Elle découvrit ainsi l'initiale marquée sur la bague, ce qui déclencha un tollé dans le quartier et tout le monde commençait à en parler pour savoir à qui pouvait bien appartenir cette main tranchée.

Et ils ne tardèrent pas à découvrir que c’était bien la main d'une riche femme blanche, qui possédait des esclaves et qui était mariée depuis peu à un jeune homme. (Les sorcières ne restent pas longtemps au même endroit; elles voyagent.)

Le lendemain matin, elle ne pût se lever pour préparer le petit-déjeuner à son mari comme à son habitude, vue qu'elle n'avait qu'une seule main...

Et quand son mari entendît les conversations dans le quartier, qu'il reconnût la main de sa femme avec son anneau d'or, et qu'il la trouva couchée au lit avec une main en moins, il sût qu'elle était une sorcière féline et décida de la quitter.

À l'époque, il était de coutume de tuer les vieilles sorcières. C'est ainsi que les gens se saisirent de la vieille sorcière, l'attachèrent à un poteau de fer, lui versèrent du goudron autour et la brûlèrent.

Elle maîtrisait l'art de la sorcellerie et pouvait se transformer en n'importe quoi comme le vent, un vêtement, une souris, pour aller voler la laine qu'elle convoitait. Elle s'éclipsait toutes les nuits, dès que son mari s'était endormi pour traverser les trous de serrure comme le vent, se transformer en un rat si nécessaire - pour voler les objets et les rapporter à la maison. The Annotated African American Folktales

Le folklore africain source inépuisable d'oeuvres littéraires majeures

Au cours des dernières décennies, les romans et les récits de livres de ces histoires familiales sont devenus le nouveau moyen de préserver le folklore afro-américain. En effet, le folklore a inspiré de nombreuses œuvres littéraires afro-américaines parmi les plus importantes.

Dans Roots, l’œuvre de fiction familiale historique d’Alex Haley, le père du personnage principal, Omoro Kinte, initie un rituel de baptême qui s’est transmis de génération en génération. Le nouveau-né est tenu vers le ciel étoilé et reçoit son nom. On dit au bébé de «voir la seule chose plus grande que vous-même». Ce rituel de nommage est un moment poétique et est devenu iconique de différentes manières. Il est même référencé dans Le Roi Lion de Disney lorsque Rifiki soulève Simba vers le ciel.

Comme Roots, Margaret Walker’s Jubilee (1966) s’enrichit d’éléments folkloriques.

Les deux romans soulignent l'importance de dictons et de traditions différentes.

La protagoniste principale de Jubilee se souvient que :

«quand elle chantait, les enfants cessaient de jouer et se rapprochaient pour écouter, car ils aimaient toutes ses chansons - les vieilles chansons d'esclaves que tante Sally chantait et les ballades tendres et attachantes de la guerre. ”

Les chansons folkloriques étaient une tradition qui leur servait de divertissement ou leur permettait de rythmer leur travail aux champs.

Après tout, la tradition est ce qui a gardé l'esclave sain d'esprit. Leur culture africaine leur a non seulement donné la force de se battre pour un autre jour, mais elle leur a également procuré du réconfort.

Pour chacun d'entre nous, le passé est important pour déterminer notre identité et notre histoire, mais sans la détermination et la persistance des premiers Afro-Américains, il est probable qu'une grande partie de leur histoire aurait été perdue au fil du temps.

Grâce à leurs sacrifices répétés, les Afro-Américains peuvent toujours compter sur les conseils de leurs ancêtres.

Par La rédaction - AfroPolitis.com

Aller plus loin sur le sujet : ci-dessous la liste des ouvrages de références cités plus haut ...

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