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[Nigéria] Implantation de la base militaire US AFRICOM en Afrique : Muhammadu Buhari sur le point de faire un volt-face ?

Politique
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Créé en février 2007 par le président George W. Bush, l’Africom, qui représente le Commandement régional militaire américain pour l’Afrique, s'est confronté au refus catégorique du Nigéria de s'installer sur le continent africain... Tant et si bien, qu'en 14 ans d'existence, AFRICOM n'a pas encore pu trouver un pays d'accueil pour son siège en Afrique jusqu'à ce jour. Du moins jusqu'à ce mardi 27 Avril 2021 où le président Muhammadu Buhari a laissé entendre, dans une visio-conférence avec Antony Blinken, le chef de la diplomatie de l'administration Biden, qu'il "demandait" le rapprochement de l'AFRICOM près du théâtre des opérations, sans que le communiqué final de cette réunion fasse état de cette requête. Qu'est ce qui pourrait justifier ce volt-face manifeste du Président Buhari ?

Créé en février 2007 par le président George W. Bush, l’Africom, qui représente le Commandement régional militaire américain pour l’Afrique, s'est confronté au refus catégorique du Nigéria de s'installer sur le continent africain... Tant et si bien, qu'en 14 ans d'existence, AFRICOM n'a pas encore pu trouver un pays d'accueil pour son siège en Afrique jusqu'à ce jour. Du moins jusqu'à ce mardi 27 Avril 2021 où le président Muhammadu Buhari a laissé entendre, dans une visio-conférence avec Antony Blinken, le chef de la diplomatie de l'administration Biden, qu'il "demandait" le rapprochement de l'AFRICOM près du théâtre des opérations, sans que le communiqué final de cette réunion fasse état de cette requête. Qu'est ce qui pourrait justifier ce volt-face manifeste du Président Buhari ?

Lorsque le président George W. Bush a créé AFRICOM en 2007, un commandement hybride militaro-civil à l'appui de l'Afrique, la réaction officielle africaine a été largement hostile, considérant l'effort comme «néocolonialiste». Et pour cause, ce commandement hybride, composé de militaires, de diplomates, d'experts humanitaires et de civils chargés de "conseiller", reproduit en accéléré le complexe militaro-politique déployé par la France dans ces colonies africaines, à travers l'implantation de ses bases militaires, ses ONGs, ses médias d'état, et sa "diplomatie-financière" au profit de ses intérêts, et pour le grand malheur de tout un continent.

En 60 ans de coopération militaro-politique à la française, force est de constater un bilan des plus alarmants et catastrophiques pour l'Afrique :

«Entre le coup d’État militaire de 1952 en Égypte et avril 2016, le continent africain a fait l’objet de 175 tentatives de coup d’État, dont 75 ont réussi. Les chercheurs ont relevé un « effet de contagion » : les coups d’État militaires africains sont concentrés en Afrique de l’Ouest et du centre ; en revanche, ils n’ont pratiquement jamais lieu en Afrique australe. »Chuter, Gaub, 2016, p. 26 ; McGowan, 2003

C'est la raison pour laquelle le Nigéria avait jusque là fait preuve de leadership en s'opposant catégoriquement à la présence militaire de l'AFRICOM sur le territoire africain.

L'on se souvient même que le gouvernement nigérian avait pris les devants en persuadant ou en renforçant en armes les armées d'autres États africains afin de les encourager à résister contre l'établissement du quartier général d'AFRICOM sur leur sol. Ce qui avait eu pour effet d'obliger AFRICOM à poser ses valises à Stuttgart, en Allemagne, au sein du quartier général du commandement européen de l'OTAN.

Par ailleurs, il est à noter que le Nigéria, pays le plus peuplé d'Afrique(soit +200 millions d'habitants), avait constitué jusque là le principal rempart contre la recolonisation militaire et économique des pays africains en s'opposant non seulement à l'implantation de nouvelle base militaire étrangère en Afrique, mais également au franc CFA - ECO et à la ZLECAF, zone de libre échange à la faveur des états impérialistes et leurs multinationationales, par le mécanisme des APEs (accords dits "de partenariat économique").

Pour rappel, la ZLECAF est cette zone dite de "libre échange" assortie des APE("Accords de partenariat économique"), qui suppriment tous les droits de douane entre les pays africains et les produits d'importation en provenance de l'UE. Autant dire qu'avec cette mesure, l'Union Européenne, sous le leadership de la France gagne pour leurs entreprises le droit exclusif de commerces dans de nombreux secteurs économiques dont la grande distribution et tous les autres secteurs économiques déjà annexés par le biais des mécanismes d'ajustements structurels initiés par la Banque mondiale et le FMI.

Il faut donc s'attendre au déferlement des enseignes(Auchan, Carrefour, Super U, Casino...) de la grande distribution française, européenne, turque, et chinoise sur le territoire "panafricanisé" à la sauce française, tuant ainsi tous les entrepreneurs locaux qui auraient pu légitimement exploiter ces secteurs d'activité lucratifs, pour contribuer à la consolidation du tissu économique de l'Afrique.

Ainsi, si les populations ne se manifestent pas pour dire non à cette injustice historique, c'est à un véritable génocide économique que les pays africains devront faire face dans les mois et années qui s'en suivront. Car les APEs, conjugués avec le maintien du Franc CFA à travers l'ECO(avec un taux de change fixe avec l'euro), sans compter les millions d'euro de subventions dont bénéficient entreprises de leur gouvernement et de l'UE, donneront définitivement l'avantage aux entreprises françaises et européennes, pour parachever la destruction méthodique et rigoureuse de toutes les initiatives économiques locales dans les secteurs de la grande distribution, les secteurs bancaires, l'eau, l'électricité, la télécommunication,...Alors que la jeunesse africaine est compétente, bardée de diplômes mais mis sur le banc de touche à cause du système politique esclavagiste et colonial qui est imposé et maintenu à coups d'élections truquées, de guerres civiles, d'assassinats ciblés, d'actes de corruption active,...

Cela n'est pas étonnant que le Nigéria, la première puissance économique du continent ait fait de la résistance jusqu'à présent.

L'on est en droit de se demander qu'est ce qui provoque ce changement de perspective apparant de la part du président Muhammudu Buhari ?

La rupture de la digue nigériane une semaine après l'assassinat du président Idriss Déby Itno...?

C'est donc à la surprise générale que le Président Muhammadu Buhari, a laissé entendre le mardi 27 Avril dernier, qu'il "demandait" le rapprochement de l'AFRICOM près du théâtre des opérations, lors d'une visio-conférence avec Antony Blinken, le chef de la diplomatie de l'administration Biden. Même si c'est un événement n'a pas été mentionné dans le communiqué final qui a sanctionné la réunion, cette déclaration pour le moins iconoclaste n'est pas passé inaperçu.

"Compte tenu des défis sécuritaires croissants en Afrique de l'Ouest et centrale, dans le golfe de Guinée, dans la région du lac Tchad et au Sahel, qui pèsent lourdement sur l'Afrique, il devient nécessaire pour les États-Unis d'envisager de relocaliser le siège d'AFRICOM ... au plus près du théâtre des opérations," a déclaré le président Muhammadu Buhari, à peine une semaine après l'assassinat du président du Tchad, le maréchal Idriss Déby Itno.

Cette demande, si elle était confirmée, marquerait un énorme renversement de l'opposition officielle du Nigéria face à toute idée d'implantation d'un siège AFRICOM sur le continent.

Ce volt-face traduirait le fait que la situation sécuritaire serait devenue si incontrôlable en Afrique de l'Ouest depuis l'assassinat du président Idriss Déby Itno; situation qui inciterait à envisager des options jusqu'ici inacceptables ?

Buhari semblait faire valoir que le quartier général d'AFRICOM devrait être plus proche du théâtre des opérations et les États-Unis devraient avoir une plus grande implication dans la sécurité de la sous-région ouest-africaine...

Jusqu'à l'assassinat du président Idriss Déby le 27 avril, le Tchad avait déployé la force de combat ouest-africaine la plus efficace contre divers groupes djihadistes et avait travaillé en étroite collaboration avec la France, les États-Unis et d'autres partenaires. Toutefois cette situation sécuritaire, pourrait devenir instable en attendant que la nouvelle adminstration du Tchad reprenne la situation en main.

Les autorités militaires nigérianes ont été jusque là peu coopératives avec l'armée américaine. Les gouvernements nigérians successifs ont voulu acheter du matériel militaire américain sophistiqué mais ont toujours rejeté catégoriquement la surveillance américaine. De fait, les achats nigérians de matériel militaire américain ont été rares, malgré l'opération d'achat très médiatisé et finalement réussie de douze avions A-29 Super Tucanos très sophistiqués.

Notons également que l'opposition politique a jusque là manifesté un refus constant à l'implantation d'AFRICOM sur le territoire Nigéria.

Pour l'ancien sénateur nigérian Shehu Sani, toute éventuelle volte-face de la part du président Buhari traduirait «une invitation ouverte à la recolonisation de l'Afrique». Car selon lui, le Nigéria n'a besoin que d'une "assistance technique".

Car si l'on prend en compte la nature même du commandement militaire intégré AFRICOM, l'on comprend aisément qu'il s'agit pour les Etats-Unis de déployer un dispositif militaro-civile à la française, pour rattraper son retard dans le pillage criminel de l'Afrique.

L'assassinat d'Idriss Déby est à mettre à l'actif de ce redoutable dispositif colonial "hybride" à la française, faisant travailler ensemble les militaires, diplomates, les ONGs, les experts humanitaires et les civils chargés de "conseiller" les états, mais en fait, ont facilité la mise sous tutelle de nombreux pays d'Afrique francophone laissés exsangues par la France.

Si cette digue sécuritaire du Nigéria devait être rompue, les années les plus sombres sont à craindre pour tout le continent, déjà en proie à toutes sortes de guerre asymétriques, dont la guerre à COVID-19, qui aura déjà mis à genoux les économies africaines.

Auteur par :Kouadio Kouamé

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