Dans un contexte mondial marqué par la crise des modèles sociaux, l’uniformisation culturelle, les fractures identitaires et l’épuisement des imaginaires collectifs, la question des traditions africaines revient progressivement au centre des réflexions sur l’avenir du continent. Longtemps abordées sous le prisme du folklore, de la mémoire ou du débat religieux, les coutumes et traditions africaines sont aujourd’hui réinterrogées comme des ressources stratégiques susceptibles d’inspirer de nouvelles réponses aux défis contemporains. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la deuxième édition de la Journée internationale des Cultures & Traditions africaines, organisée à Genève autour du thème général : « Ubuntu : Hériter, fructifier, transmettre », avec pour conférence principale : « Coutumes & Traditions africaines : Réenchanter un monde en perdition par la créativité et le respect du vivant ».
La deuxième édition de la Journée internationale des Cultures & Traditions africaines s’inscrit dans le prolongement d’une dynamique politique et culturelle initiée au Burkina Faso avec l’institution officielle, le 6 mai 2024, de la Journée nationale des Coutumes & Traditions sous l’impulsion du Président Ibrahim Traoré.
Cette décision marque une reconnaissance institutionnelle des traditions africaines comme composantes du patrimoine culturel, de la cohésion sociale et de la souveraineté civilisationnelle des peuples africains. Elle intervient dans un contexte continental marqué par la réémergence des débats autour de l’identité culturelle, des modèles de développement endogènes et de la place de l’Afrique dans les recompositions géopolitiques mondiales.
À Neuchâtel, cette initiative internationale entend prolonger cette réflexion en l’ouvrant à des dimensions diasporiques, intellectuelles, culturelles et générationnelles.
De la représentativité culturelle à la créativité civilisationnelle
La première édition de cette rencontre internationale, organisée en 2025 sous le thème général :
« Ubuntu : Je suis Nous, Nous sommes Je ! »
interrogeait principalement les enjeux de représentativité culturelle et la manière dont les Africains portent leur identité dans les espaces sociaux, médiatiques et géopolitiques contemporains.
Cette deuxième édition propose un déplacement de perspective. Il ne s’agit plus uniquement de questionner la représentation de l’Afrique, mais également sa capacité à créer depuis ses propres référents culturels.
Le thème général :
« Ubuntu : Hériter, fructifier, transmettre »
introduit ainsi une réflexion sur la transmission, l’actualisation et la valorisation des héritages culturels africains dans les dynamiques contemporaines d’innovation, de créativité et de transformation sociale.
Les traditions africaines au-delà du folklore
Longtemps réduites à une approche patrimoniale ou identitaire, les traditions africaines sont ici abordées comme des systèmes complexes de production de sens, d’organisation sociale et de régulation collective.
Elles renvoient notamment à :
- des modèles éducatifs ;
- des formes de solidarité économique ;
- des savoirs écologiques ;
- des mécanismes de médiation sociale ;
- des philosophies du vivant ;
- des logiques de transmission intergénérationnelle ;
- des formes d’intelligence collective ;
- et des imaginaires culturels susceptibles d’alimenter la création contemporaine.
Dans cette perspective, les traditions ne sont plus envisagées uniquement comme des héritages à préserver, mais également comme des ressources créatives pouvant contribuer à la production de solutions sociales, culturelles, économiques ou éducatives adaptées aux réalités africaines contemporaines.
Réenchanter un monde en perte de repères
Le thème de la conférence internationale 2026 :
« Coutumes & Traditions africaines : Réenchanter un monde en perdition par la créativité et le respect du vivant »
s’inscrit dans une réflexion plus large sur les crises contemporaines de sens, de cohésion et de durabilité qui traversent aujourd’hui de nombreuses sociétés.
À travers la notion de « réenchantement », la conférence entend interroger la capacité des traditions africaines à nourrir de nouveaux imaginaires collectifs fondés sur le respect du vivant, la solidarité, la créativité sociale et la réconciliation entre progrès technique et équilibre humain.
Cette approche ouvre également une réflexion sur le rôle des industries culturelles, des arts, des jeux traditionnels, des récits, des symboles et des formes africaines de transmission dans la construction de nouveaux modèles de créativité économique et civilisationnelle.
La jeunesse africaine face à une responsabilité historique
Cette édition interpelle particulièrement la jeunesse africaine et afrodescendante sur son rôle dans la transmission et la revitalisation des héritages culturels africains.
Dans un contexte de mondialisation culturelle accélérée, l’enjeu n’est pas uniquement de préserver des traditions menacées, mais également de transformer ces héritages en capacités créatives, stratégiques et productives.
Les organisateurs souhaitent ainsi ouvrir un espace de réflexion autour de plusieurs questions :
- Comment créer depuis ses propres référents culturels ?
- Comment transformer la mémoire culturelle en puissance d’innovation ?
- Comment réconcilier enracinement culturel et modernité ?
- Comment faire des traditions africaines des leviers de créativité sociale, économique et civilisationnelle ?
Dans un monde en quête de nouveaux repères, cette rencontre entend contribuer à repositionner les cultures et traditions africaines non comme des reliques du passé, mais comme des ressources stratégiques pour penser l’Afrique et participer aux équilibres du monde de demain.